Si l’on en croit une légende tenace, le thé aurait une date de naissance officielle : 2737 avant notre ère. A cette époque lointaine, l’empereur chinois Shen Nung faisait bouillir de l’eau à l’abri d’un arbre lorsque quelques feuilles d’un théier sauvage tombèrent dans son breuvage. L’eau prit une couleur mordorée et un parfum délicat s’en exhalait. L’empereur goûta et trouva cette boisson très agréable. Il en reprit plusieurs fois. L’aventure du thé venait de commencer.

D’autres légendes existent en Inde ou au Japon. Mais il semble acquis que les arbustes sont originaires de Chine, plus précisément de la région située aux confins de la Birmanie, du Nord-Vietnam et du Yunnan.
Il faudra attendre entre le 8ème et le 10ème siècle pour que le thé ne devienne une boisson populaire. Avec son univers propre, son économie, ses accessoires, ses traditions, sa culture. Les premières maisons de thé apparaissent.
Les artistes trouveront là une source inépuisable d’inspiration.
C’est si vrai que Lu Yu (723-804) écrit le premier traité sur le thé, Cha Jing ou Classique du Thé. L’auteur évoque la nature de la plante et codifie de façon poétique le mode de préparation et de dégustation de la boisson. « On trouve dans le service du thé le même ordre et la même harmonie que ceux qui règnent en toute chose. »
A cette époque, le thé se présentait sous forme de briques compressées que l’on faisait rôtir avant de les réduire en poudre mélangée à l’eau bouillante.
Peu à peu, dans tous les pays d’Asie, les thés sont consommés de façon plus raffinée. On attache une importance primordiale à la céramique dans le cérémonial du thé.
Sous la dynastie des Ming (1368-1644) un décret stoppe la fabrication de thé compressé. Désormais il sera consommé en infusion dans un récipient. Du coup, les accessoires prennent une place prépondérante. C’est le début des services en porcelaine. La théière devient un ustensile idéal pour faire infuser le thé qui, dès lors, va partir à la conquête du monde.

L’Europe découvre le thé

Au 16ème siècle, les moins bouddhistes apportent le thé au Japon et plantent des graines de théier. Assez rapidement, la consommation de thé devient un art, une philosophie et même une véritable religion.
Mais, déjà, la Chine exporte son thé sur tous les continents. La première cargaison de thé enregistrée dans le port d’Amsterdam date de 1606.

En 1657 Thomas Garraway est le patron d’un coffee-house à Londres. Il commence à vendre du thé dans sa boutique et fait paraître une publicité dans le journal : « Cette excellente boisson, approuvée par tous les médecins chinois, que les Chinois appellent Tcha et d’autres nations Tay alias Tee, est en vente à la Sultaness Mead, près du Royal Exchange à Londres. »
Au 18ème siècle, le thé deviendra la boisson nationale de la Grande-Bretagne. Mais en France « l’eau chaude » a du mal à s’imposer. Il reste une boisson de princes et de gens d’esprit. Racine est adepte du thé. Mazarin en prend régulièrement pour soigner sa goutte.

Le thé et les Etats-Unis

Le thé arrive naturellement dans les bagages des migrants aux Amériques. Mais il est soumis à de lourdes taxes. Les colons de Boston décident de boycotter les importations. Le 16 décembre 1773 ils jettent à la mer la cargaison d’un bateau ancré dans le port. L’épisode est connu sous le nom de Boston tea party qui sera à l’origine des troubles opposant les autorités anglaises aux habitants du Massachusetts. Et, indirectement, à la guerre d’indépendance.

La consommation de thé s’étend à tous les pays de la planète. La Chine ne suffit plus à satisfaire la demande. Les Anglais vont planter du thé dans d’autres pays, notamment à Ceylan, à la fin du 19ème siècle. Mais aussi en Afrique et, plus tard, en Argentine.

Une boisson universelle

Depuis le milieu du 20ème siècle, le thé n’a cessé de se propager dans le monde. La multiplication des échanges et des conquêtes coloniales ont contribué à la consommation de thé et, par voie de conséquence, à de nouvelles plantations.
Si jusqu’au 19ème siècle, le thé consommé en Europe provenait presque exclusivement de Chine, sa culture s’est répandue en Inde, en Malaisie et à Ceylan. Des plantations ont aussi vu le jour en Guyane, en Martinique et en Egypte.
Au 20ème siècle, le thé est incontestablement la plus universelle des boissons. Préparé de différentes manières, selon les origines, les coutumes, les pays et les religions, le thé s’est imposé sur tous les continents et dans tous les pays. On en produit 2,7 millions de tonnes par an, on en boit 1.200 milliards de tasses soit environ 600 grammes par habitant et par an.
Qu’elle soit considérée comme une boisson nationale ou comme une boisson d’exception, le thé est recherché, en été comme en hiver, pour ses qualités de fraîcheur, son goût, ses diversités et ses vertus sur la santé.

9494e4ca808dc8ed8f92113100dbbc86NNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNN